13 juillet 2026 –
Cette nuit j’ai rêvé que j’étais un animal de la forêt encerclé par les flammes tentant de fuir, cherchant une issue. Les bruits, les odeurs, les cris d’autres animaux, la panique. Tout y était. Ça fait plusieurs jours que je rêve d’incendies. Celui-ci a été le coup de grâce, faisant plier la digue: je pleure sans m’arrêter depuis le réveil. J’ai de nombreux patients bouleversés par l’état du monde vivant. Au début je croyais que mon job était de les amener à croire en une survie, un maintien, une guérison, à une issue positive. Un monde sauvé. Finalement je me suis rendue compte que ce n’est pas ce qui les apaisait. Ni moi. Quand on travaille les douleurs chroniques, on doit faire le deuil de la guérison. L’objectif est de trouver de la sécurité dans l’instant présent au cœur même de la douleur sans chercher à sortir de cette douleur. Je crois que c’est notre challenge collectif face aux bouleversements. Ne pas se résigner certes, mais ne pas lutter contre une réalité implacable, rester congruent, alignés. Accepter la mort de ce qu’on connaît, du monde connu, la nôtre et se résoudre à l’inconfort. Et à la fois continuer à incarner ses valeurs dans sa parole, dans ses pas, dans cette conscience que la finitude est une expérience à vivre. S’asseoir dans le chaos, contempler le massacre comme dirait Paule Lebrun. Et s’ancrer ds la sécurité qui ne dépend ni de la guérison ni de la survie mais de la foi et de la joie.
La psychologue Carolyn Baker puise dans les philosophies ancestrales et orientales pour nous rappeler que la joie n’est pas la satisfaction de nos désirs, ni un positivisme aveugle, mais l’engagement à être en vie dans cette réalité telle qu’elle est sans se dissocier ni en nier les difficultés. Tenir son âme debout dans le monde, quel qu’il soit. L’étape incontournable à cette joie est paradoxalement le deuil. Des illusions, des attentes, des désirs, des espoirs. Osho disait « je vous enseigne le désespoir pour que vous puissiez enfin célébrer ». Pleurons, pleurons. Au cœur de mon deuil, reliée à ces forêts qui brûlent, je me suis assise en silence dans mon jardin. Au coucher du soleil. Le vent chantait. Un chevreuil est passé. Puis une belette. La vie semblait m’offrir un bijou dans un écrin. Oui ça meurt, oui ça se perd. Et cette expérience brûlante de la finitude me faisait toucher l’expérience ardente d’être en vie. Pas une vie « plan maison barrière blanche , 2 enfants 1 chien ». (Résumer le bonheur à ce plan risque d’être une voie de garage sous peu). Non. Le vivant brut, l’aventure folle et insensée d’être en vie sur ce caillou flottant dans l’espace , au milieu d’un chaos sans nom qui n’est pas à résoudre . Nous cherchons de la binarité pour apaiser nos angoisses pétrissant la vie de contradictions, de polarisations et de radicalisations, alors qu’elle est faite de paradoxes que nous devons apprendre à tenir au cœur de notre conscience. Le rire au cœur même de la souffrance, les pleurs de la perte comme compost et source de célébration, la vie qui caresse la mort, la joie d’une âme enflammée qui se tient debout dans le monde , l’embrassant dans ses ombres.
Je me suis souvenue qu’en participant à des stages divers et variés où j’étais convoquée au cœur de mes ombres, je riais même en pleurant. Je croyais que c’était selon l’explication réductionniste psycho trauma, système nerveux et tout le tintouin, une familiarité de l’intensité. Mais dieu que cette vision est étriquée et qu’il est urgent de depsychologiser nos regards. Non, depuis enfant il y a toujours eu de la joie dans mon âme au cœur de l’horreur. Une joie sans but, une joie sans besoin de guérir ou de soigner ou sauver. Une joie de l’instant, une joie du vivant qui me traversait et me donnait le courage d’y aller. Encore. Je pouvais ramasser mes dents au sol et sentir un feu de joie sous la souffrance: celle d’être en chemin. Au bon endroit. De répondre à l’appel de mon âme et de celui du monde.
Chaque 1er janvier, je crée un collage oraculaire. Pas un visionboard de mes désirs qui laisserait croire que mon petit « moi » par le pouvoir de l’attraction peut coloniser la réalité. Mais un état de transe, des images spontanées et une exploration de ces profondeurs sauvages qui cherchent à dialoguer en moi . Cette image ci dessous est celle du 1er janvier 2026. Tenir mon âme debout dans le monde, garder la flamme vivante au cœur de l’obscurantisme. Sans dissociation ni positivisme qui nie l’ombre. La joie comme nature même de nos âmes et de la création, la beauté comme celle du monde . Posture en cours de téléchargement…

